
Guy de Maupassant
5 août 1850 - 6 juillet 1893
Fils de Laure le Poittevin et de Gustave Maupassant.Elle est passionnée de littérature et amie de Gustave Flaubert.Gustave Maupassant se plaît dans la compagnie frivole et libertine des Normands.Les deux se querellent continuellement.Guy en comprend lobjet.Lorigine du pessimisme atroce se rapporte à la terreur dont il est envahi à chaque échange doutrages entre ses parents.A lâge de 13 ans, il a vu son père rouer de coups sa mère.Depuis ,il na plus damour pour personne. Son frère Hervé est un débile mental, un brave petit paysan.Guy laide à sinstaller à Antibes.Hervé meurt à lasile après dincontestables signes de dérangement mental. Hervé le hante jusquà langoisse.Il le considère avec une sorte dhorreur sympathique.
Latmosphère à la maison parentale est irrespirable.Les parents se séparent;la mère garde les enfants. Guy est persuadé que tout mariage est voué à léchec.Lhomme nest pas fait pour vivre avec la même femme.Il est fort tenté de comprendre son père.Le désir de sa mère est que Guy devienne écrivain.Elle lui donne une éducation passionnée et littéraire.Elle linscrit à lInstitution ecclésiastique dYvetot.Guy y lit des livres défendus et commence écrire des poèmes,des piécettes et des farces brutales et vulgaires. Guy parle couramment le patois normand. Il développe la passion pour la mer et la voile.A 13 ans ,il est capable de barrer un canot.


Mais ce nest pas seulement la mer qui lattire; larrière-pays normand est aussi un terrain de prédilection.Des visages de paysans sinscrivent dans sa mémoire avec une précision photographique. Il les devine rudes à la peine, avares,rusés et naïfs à la fois.Guy est normand jusquà la moëlle.Il adore la nature sauvage.Elève insiscipliné qui chante le bonheur des amants,il est renvoyé du cloître. A seize ans, il fait lamour pour la première fois. Les deux attirances de ladolescent : la femme et leau. En 1868, il fait la connaissance dune Parisienne, lui dédie un poème dont elle rit avec des amis. Elle confirme son idée de la femme comme créature fausse, légère et méprisable,dont la raison dêtre sur terre est de satisfaire lappétit des mâles; auprès de sa mère, à Etretat, il peut affiner son expérience humaine.

En 1864, il assiste au sauvetage du poète anglais Charles Swinburne, le maître à penser de Powell, un jeune Gallois.Guy est invité par les deux :il entre dans un sanctuaire voué à la célébration daffreux mystères.Ils exhibent devant lui des enchantements funèbres.Ils lui font cadeau dune main décorché.Guy ne se séparera jamais de ce signe de lau-delà.Obscénités sadiques,rôti de singe, masturbation dun singe par Powell, tout cela le dégoûte. Il mesure leur folie et leurs criminels délices, le dérèglement sexuel à la Sade.Ce qui sincruste dans sa pensée, cest le rêve de complications érotiques. Entre sa vingtième et trentième année,il devient un virtuose de la brimade, fonde des cabales de débauchés, des confréries occultes.Homme mûr, il se plaît à terroriser ses maîtresses en peignant sur sa masculinité les signes de la syphilis.
Au lycée de Rouen,
La
cathédrale de Rouen
Guy connaît un air de liberté et de tolérance.Il rend visite à Flaubert qui le conseille.En 1869, il est enfin reçu bachelier ès lettres.Il fête lévénement dans un bordel.Que faire maintenant? Il sinscrit à la faculté de droit à Paris.Il sintéresse plutôt à la politique.Guy déteste les mouvements en masse.Le 14 juillet 1870,la foule défile à Paris et hurle : à Berlin! La bêtise de ses contemporains lécrase. Le recrutement se fait, Guy sengage comme volontaire. Le voici soldat.Il devient commis aux écritures, à Rouen.LAlsace et la Lorraine sont vite prises par les Prussiens. Guy doit aussi monter vers le front et y connaît la débâcle des troupes françaises, qui refluent en désordre.Il voit autour de lui les pauvres mobilisés", gens pacifiques,rentiers tranquilles.De cette déroute, il gardera les images de honte, de bêtise et de cruauté. La guerre lui fait horreur et il déteste les chefs militaires inaptes et les politiciens responsables de ce désastre.Il méprise tout autant les Prussiens qui foulent le sol de sa patrie.Plus on en tue , plus il est content. Son admiration va aux francs-tireurs, aux paysans héroïques qui, ça et là , massacrent les Alboches" pour venger lhonneur de la France.En 1871, Paris est pris , larmistice est conclu.La France humiliée sincline au dictat de Bismarck. Guy quitte la capitale pour Rouen.Il supplie son père dintervenir pour une mutation.On lui trouve un remplaçant :il paie une somme convenue et est démobilisé en novembre 1871.
Une fois Paris dégagé,il écoute les récits de ses amis paysans, les aspects atroces dune guerre légitime.Les vrais héros, ce sont les humbles ,les ruraux ,fidèles à lesprit du sol,dépossédés de leur raison dêtre.Mais aussi les filles,comme Rachel, la prostituée israélite, La Mère Sauvage y jouent un rôle héroïque.
Pour pouvoir gagner sa vie, Guy se résout à devenir bureaucrate:1872-1878 au ministère de la Marine, puis au ministère de lInstruction publique(1878-1880)."Je suis dans la merde jusquau cou,plongé dans des embarras et des tristesses inexprimables."Il sestime pendant 8 ans comme une constante victime des ministères.
Cest sur les bords de la Seine quil reprend goût à lexistence, grâce à la natation et à la rame.Il aime glisser avec sa yole sur les flots nocturnes.Il fréquente les guinguettes riveraines avec leurs putains et retient les meilleurs histoires de canotiers.


Il compose des scènes, fait des esquisses comme une sorte de réserve de thèmes.Leau, symbole des génèses, est aussi une correspondance de la mort.Qui saventure sur une eau nocturne, éprouve bientôt un sentiment confus de dépaysement.Le monde régresse vers le chaos,leau noire devient la tentation du suicide (se laisser glisser dans la Seine)Le fantastique lattire .Son premier conte La Main décorché" est inspiré par ses souvenirs denfance, un texte macabre qui est publié sous le pseudonyme:Joseph Prunier. Suit Le Docteur Héraclius Gloss" où il traite aussi de lobsession du double.
Maupassant organise une société secrète de farceurs , les Crépitiens où limpétrant doit attester sa disponibilité sexuelle et sa résistance au supplice du pal.Le cabaret de préférence au bord de la seine : La Grenouillère., où sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar.Il y flotte une odeur damour et lon sy bat pour un oui ou pour un non.GUY figure de chef,i l a une virile beauté. Les femmes flairent ses qualités damant brutal et tendre.Il apprécie les belles garces des faubourgs avec leurs cervelles vides. Pas de sentiment là-dedans."Je voudrais avoir mille bras, mille lèvres,et mille..."Ses victimes deviennent les héroïnes de ses récits.Une de ces douces putains lui transmet la syphilis."Jen suis fier,malheur,et je méprise par-dessus tous les bourgeois.Alléluia, jai la vérole,par conséquent,je nai plus peur de lattraper."Et il refuse de se soigner.Beuveries et coucheries reprennent de plus belle.Son pansexualisme sexprime mieux encore.


Mais entre 1872 et 1880, il soccupe aussi du strict apprentissage littéraire.Les grandes misères des petites gens le préoccupent.Les petites gens, ce sont les boutiquiers, les employés, les fonctionnaires sans espoir quil croise dans les couloirs des ministères.Les petites gens qui tâchent de sévader de leur médiocrité.Leurs ardentes passions,la perspective dhériter les transforme en rapaces.Les épouses des petites gens, moins résignées que leurs maris,cherchent souvent à se donner lapparence dun luxe dont elles ne disposent pas.Leurs desseins téméraires sont affreusement punis.Le comportement des petites gens se caractérise par la malchance.Le rêve et la réalité ne coïncident pas.En outre, la campagne est toxqiue pour les petites gens. Sortis du cadre citadin,ils commettent des actes inconsidérés quils doivent regretter après.
E1877, il sollicite et obtient de ladministration un congé de deux mois pour se soigner en Suisse.De retour à Paris, la vie de bureau lexcède.Le succès littéraire tarde à venir.Il refuse de sassocier à une école littéraire.Sur intervention de Flaubert, il est enfin nommé au ministère de lInstruction publique, fin 1878.Voici Guy installé rue de Grenelle.La contrepartie de cette appellation, cest lobligation de travailler jusquà six heures et demie du soir et même le dimanche matin jusquà midi.Sous divers pseudonymes (Guy de Valmont, Maufrigneuse, Joseph Prunier) il a publié des chroniques et des poèmes dans des journaux et revues.Mais en vrai Normand , il a les pieds sur terre, il refuse dabandonner la proie pour lombre.
Vers 1880, il pense trouver chez Schopenhauer la justification de son attitude existentielle.Il le considère comme le plus grand saccageur de rêves qui ait passé sur la terre.Il le félicite davoir abattu le culte idéal de la femme.
Quentend-il par là? Que la femme est ravalée au rang de piège immonde. Il na destime que pour la femme qui refuse la maternité et qui se complaît dans la perverse inutilité de ses gestes damour.Les amants la félicitent dêtre un désert empoisonné.Cest la créature dexception et pas lanimal qui reproduit sa race. En 1890, il écrit LInutile Beauté" , un symbole où il chante la femme stérile, la déesse nocturne, si belle, avec ses yeux gris comme des ciels froids, ses cheveux noirs, pareils à une voie lactée. Elle excite le coeur des mâles.
De lautre côté, intoxiqué par Schopenhauer,il constate que lamour des femmes est monotone comme lesprit des hommes.Son désespoir devient général et fondamental; le suicide et leuthanasie le tentent pour éviter le vieillissement et se venger de la providence.Dieu ,"cest un massacreur.Il lui faut tous les jours des morts.Il en fait de toutes les façons pour mieux samuser."Encore en 1891 il écrit ses dénonciations outrageantes:"Dieu ténébreux...Eternel meurtrier...Eternel faiseur de cadavres....Meurtrier affamé de mort." Sa lutte contre Dieu consiste à inventer lérotisme stérile et à narguer la brutalité divine.Le monde devient un objet païen. Je sens en moi quelque chose de toutes les espèces danimaux,de tous les instincts,de tous les désirs confus des créatures inférieures."Ce satyre se retrouve dans une angoisse désespérée. Tout se répète sans cesse et lamentablement."
La notion dominante de son pessimisme, cest la justification de la cruauté.Mais il éprouve de façon encore plus vive la peur harcelante de la solitude", le vide autour de lui, le vide insondable où sagite son coeur,où se débat sa pensée."
Le 14 février 1880, Guy est iculpé et accusé doutrage à la moralité publique et religieuse et aux bonnes moeurs.Et tout cela à cause de Au bord de leau".Il sadresse à Flaubert pour une lettre dappui en faveur de sa pièce et pour intéresser la presse en sa faveur.Flaubert médite un plan de bataille, et le 21 février, Le Gaulois publie la lettre de Flaubert.Les poursuites sont abandonnées et une ordonnance de non-lieu est signée.
Les premiers signes de sa maladie le préoccupent; il a les nerfs fragiles, il perd ses cheveux et a parfois des hallucinations. Boule de Suif" est sur le point de paraître. Ce conte paraît le 16 avril 1880, dans le recueil:
Les Soirées de Médan (récits de Zola ,Huysmans etc) Il refuse de se laisser embrigader dans lécole naturaliste, il veut seulement donner une note juste sur la guerre...lappréciation des faits militaires..pas antipatriotique, mais simplement vrai." Ce conte est un symbole de la médiocrité humaine.
A partir de 1880,il commence à profiter de sa distinction littéraire et suit les modes de son époque.Il se crée le décor en ammeublant son domicile à son goût personnel et admet volontiers quil est légitime de chercher dans la vie des hommes et dans les objets dont ils sentourent les explications des mystères de leur esprit." Il aménage son jardin dhiver de palmiers,de bouddhas, de divans, de chaises en cuir etc.IL y cache ses fleurs favorites ainsi que les femmes des harems :"..odorant et transportant,ouvert pour lamour et plus tentant que toute la chair des femmes". Maupassant rivalise avec E.Poe et Baudelaire pour la minutie,avec laquelle il monte,dans tous les détails, le décor de la vie quotidienne de ses héros de prédilection.Tout ,dans le logement a une triple fonction:
augmenter laisance de la chair, faciliter le travail de lesprit,favoriser lessor de lâme vers une utopie onirique.
Le 8 mai 1880 meurt G. Flaubert à Croisset,mais la vie quotidienne décrivain le préoccupe et il est sacré journaliste grâce à une intervention de Zola en faveur de la vente dun volume de vers. Le Gaulois" annonce à ses lecteurs la collaboration régulière de Maupassant.Il fréquente les salles de rédaction, va dans les cafés à la mode et devient ,en peu de mois, une figure parisienne connue. Les fonctionnaires sont la cible de son persiflage.
Lui-même nabandonne pas son poste au ministère.Il aime largent passionnément.Après la mort de Flaubert, on lui accorde un congé payé de 6 mois.Il prend goût à la vie libre et envisage de donner sa démission. Comme il souffre de troubles, dues à la syphilis, ses médecins lui conseillent de voyager. Il goûte avec ivresse la gaie sensation du Midi, Marseille avec ses voix à laccent chantant et la mer dazur.En Corse ,il retrouve sa mère à Ajaccio.De retour à Paris,il exploite à fond ses succès de journaliste.En janvier 1881,il finit sa nouvelle sur les femmes de bordel:"La Maison Tellier".Cette nouvelle est une révolte contre lordre établi.Guy fustige les gens bien-pensants qui condamnent en paroles ce quils acceptenr en actes.Cette nouvelle tombe à pic dans la République de 1880. Maupassant consolide sa réputation décrivain.Les nouvelles quil écrit à la suite traitent toutes de la misérable condition humaine .Les lecteurs se précipitent sur les éditions.La critique,elle,est partagée.
A linvitation du Gaulois, Guy quitte la France pour lAfrique du Nord.Il déplore linjustice dune colonisation à outrance.Bien sûr,sa tournée africaine est marquée de beaucoup de coucheries avec toutes sortes de prostituées.Blessé et écoeuré, il retourne en France, mais la salle de rédaction lui paraît tristement étouffante.
Le dynamisme de Maupassant est énorme ;il poursuit la rédaction de son premier roman : "Une Vie".Il cherche son plus grand avantage comme auteur. Paraît alors le volume de nouvelles : Mademoiselle Fifi , inspiré par le souvenir de linvasion prussienne. Comme dans Boule de Suif, lhéroïne , Rachel, est prostituée. Elle poignarde un officier allemand, acte de patriotisme qui flatte lesprit de revanche.Le succès est inespéré et Guy ne parle que dargent quil dépense aussi facilement quil le gagne.Il fait construire un chalet à Etretat , La Guillette, où il aime à organiser des fêtes et des sorties avec ses voisins et des estivants.
En 1883 La Vie" est publiée.Tous ses thèmes qui lui sont chers y sont exploités: limpossibilité dun accord profond entre lhomme et la femme dans le mariage, une répugnance quasi physique pour la maternité, lamour viscéral de la Normandie, la fascination de leau, le problème de la bâtardise, le pessimisme de limpossible bonheur. Ainsi, tout se trouve emporté dans un vaste mouvement négateur.Le texte procède à la déconstruction de quelques lieux communs; le mythe du héros positif seffondre, tandis que sélabore lécriture du vide.Le roman se fonde sur le décalage constant entre la réalité décevante et les espoirs de bonheur.
Quelques semaines après, Maupassant publie Les Contes de la Bécasse", entre autres avec La Folle et Laventure de Walter Schnaffs".Le lieu unificateur du livre, cest la Normandie. Tout le recueil va dans le sens du pessimisme ou du scepticisme.
sa
maison à Etretat
Les idées politiques de Maupassant se recommandent par leur permanence.Limbécilité des politiciens ruine les pauvres et exaspère les masses,entraîne la complicité des classes dirigeantes."Autrefois,quand on ne pouvait exercer aucune profession, on se faisait photographe;aujourdhui on se fait député."Il narrive pas à donner un assentiment sans réserves aux systèmes démocratiques.Le suffrage universel est une stupidité.Les femmes,"le sexe second à tous égards,faits pour se tenir à lécart et au second plan."Sy ajoute une horreur explicite du patriotisme," idée...mère qui entretient la guerre."
Quoique gnostique, Maupassant témoigne pourtant une admiration spontanée aux occultistes romantiques ou classiques. Lui-même dresse une liste des phénomènes inexplicables.Il souffre dune crainte difficilement qualifiables. Inopinément,il est victime de spectres errants,détreintes de morts ou de bêtes effroyables. Se livrant aux pratiques dune innocente magie cérémonielle, il consulte, comme Faust, son miroir.Le don magnétique transforme en radiateur dimpérieux effluves qui, le dépossédant de son libre arbitre,lui donnent le sentiment dêtre possédé par un double.Maupassant se sent peu à peu intoxiqué par les idées occultistes et invente un fantastique original par son style psychique.
son
jardin d'hiver
La Terreur
Sa maladie lui cause de plus en plus de problèmes et il a souvent recours à léther, par lequel il passe à létat dégrégoire.Il sengage à des enquêtes métaphysiques.Léther subtilise son intuition et il cherche à détecter derrière le décor des choses quotidiennes quelques réalités dérobées."Je vous assure,du reste,que bien des choses qui nous entourent nous échappent...notre apathie nous porte à voir partout limpossible,linvraisemblable". Parfois il croit rencontrer des êtres sans nom, de voir sur les fauteuils de petits bonhommes rouges.Il estime que léther le transforme en un puissant démiurge qui disperse dans laura du monde semi-psychique de nombreux doubles de lui-même.Parfois le cordon qui attache Maupassant à son double se rompt.Quand lun quitte son logis,lautre sy installe et parodie les gestes de lécrivain."En rentrant chez moi, je vois mon double.Jouvre la porte et je vois mon double assis sur mon fauteuil."Guy éprouve de lanxiété.Il tente de prendre son double au piège en se servant du miroir pour capturer les images de linvisible."Cest curieux, je vois mon double." Il commence à douter tragiquement de son identité."Je crois,parfois,perdre la notion du moi...tout sembrouille dans mon esprit et je trouve bizarre de voir cette tête que je ne reconnais plus."Or, dans de nombreux contes fantastiques, Maupassant traite les deux thèmes connexes du double et de lêtre invisible, détachés dans le monde pour y préparer léviction de lhumain.Les êtres insolites ont une constitution anthropomorphe.Mais le magnétisme du monde leur donne une façon de personnalité:les ustensiles sont animés etc.
A ces hantises classiques, Maupassant ajoute ses obsessions personnelles.Les migraines et son attention à cet état de sa tête ont une importance privilégiée.Il se peigne pour guérir,parce que ses cheveux lui font mal.Ses maîtresses ont souvent le devoir de procéder à la cérémonie du peignage galant, ce qui lui donne une joie sensuelle et savoureuse:"on sent bien quon tient une chatte perfide,sournoise, amoureuse ennemie, qui mordra quand elle sera lasse de baisers."A mesure que sa maladie progresse, il se traite lui-même comme un personnage doutre-monde.Lorsque, après le 7 janvier 1891, il séjourne dans la maison de santé du docteur Blanche, il ne donne aucune relâche à son activité de virtuose de la fabulation fantastique. Il décède le 6 juillet 1893.
La maison du docteur Blanche:

Le Horla1887 , deuxième version
Il y a différentes explications par rapport au titre. Trois en sont plausibles : hors-là , le horsain (normand= étranger) ou anagramme du choléra (le choléra de Marseille de 1884).
Il sagit dun être, dune créature invisible et menaçante qui annonce laccomplissement catastrophique du Temps.
Cet être est indicible et matérielle en même temps, défie toutes les normes et crée des troubles et confusions chez le personnage-narrateur; on pourrait presque parler dun message messianique dun Antéchrist.
La vie, eh bien, ce nest pas drôle.Le narrateur a un certain mal dêtre, la peur de la solitude.Deux êtres qui vivent ensemble, cest deux isolements. Les hommes se trouvent dans limpossibilité de communiquer. En face du néant,de la mort, lhomme est dépossédé de soi au profit dillusions extérieures = le dédoublement. Le Horla vient quand lhomme est une chose vide, cest celui que la terre attend, après lhomme." Cest sur ce thème du double que base le récit fantastique de Maupassant. Ce qui rôde hors de lhomme et dans lhomme le laisse sans solution, cest la débâcle de la conscience. Dépossédé par le Horla, le personnage seffondre. La fuite doit se faire hors de ce monde: le suicide.
Le fantastique naît de lincertitude qui est liée à lindicible. Le narrateur ne sait pas ...a) là = explication naturelle
b) hors= forces inconnues
Le moi est indifférencié et risque de se dissoudre.Le fanatastique est donc dans lhomme et on se demande où sont les frontières entre le normal et le pathologique. Le rejet du monde extérieur devient une phobie, une hantise.
Je suis seul", même dans la solitude, on nest jamais seul. On mime la présence dautrui, Le Horla est là , caché.
Détruire devient un besoin, une volupté.Lappétit irrépressible de tuer conduit à la folie destructrice et à la mort.
Les moyens stylistiques de Maupassant:
1 . Le personnage -narrateur utilise le je" = limage subjective et faussée du soi, donc ambigu. Le je" est double:
Le narrateur veut convaincre de la véracitéle personnage dément ; on ne sait pas sil ment,sil a des hallucinations ou trop démotivité.
2 . Le choix des verbes est significatif pour le doute ou la vision : il me semble, sait-on?,je me sens souffrant, je
crois..
3 . Les comparaisons et les méthaphores montrent une certaine hésitation, une déstabilisation. P.ex., lexemple de
la tige comme si une main..."est hypothétique est par conséquent suspect. Or, toutes les images deviennent
suspectes.
4. Les exclamations au début: Jaime,jaime semblent montrer un homme normal , mais les interrogations :
Pourquoi, doù viennent, sait-on ? montrent déjà des traits particuliers, un mal, un trouble qui nacepte pas
linadmissible au sein de la légalité quotidienne. (mélancolie,découragement,tristesse,exagération,sensibilité ma
ladive)
5 . Les exclamations comme ah!,oh! ainsi que les hyperboles montrent la perte du contrôle de soi,lémotion extra
ordinaire, la surexitation,laffolement. Ah! Mon Dieu!.."Nos sens misérables ne suffisent plus, le monde fami-
lier (lhabitat) se dérègle et les objets saniment (télékinésie). Le je" est même dépossédé dans son inventaire.
Lhorreur devient grotesque: est-ce le surnaturel ou la mystification qui agissent sur lhomme.
6 . Le moi déséquilibré se manifeste aussi dans les oxymores (la transparence opaque), contradictions
(il-vide-le corps- ne peut ni le nommer ne le définir) La présence étrangère fracture le
moi. Le solide devient liquide, le moi brave se transforme en poltron ,lun voulant, lautre résistant.Le moi
inconnu du dedans tyrannise lautre = nous sommes deux.
7 . Les troubles autoscopiques de Maupassant se font jour dans le discours haché et dans la date du 19 août qui
apparaît deux fois dans le journal. Les répétitions nombreuses, aussi celles par et" en font preuve.
8 . Lintroduction du pronom personnel on" symbolise lentité autonome et monstrueuse du Horla. Le 6 juillet
est plein dexclamations et dinterrogations.
Les motifs dans le Horla:
Le vampire :"buvait ma vie entre mes lèvres"---menacé dans sa vie
La glace/le miroir : le narcissisme se transforme en danger par lanéantissement du spectateur-esclave.Son reflet
est dérobé.
Le fleuve maléfique: le trois-mâts brésilien apporte le danger, la mort.
Sy ajoutent quelques motifs dauthenticité comme le magnétisme, lhypnotisme, la suggestion, lévolutionnisme.
Pour mieux comprendre Maupassant, il ne faut non plus oublier les influences sociales, philosophiques,médicales du siècle.
Le choléra de Marseille de 1884
Le romantisme avec le renouveau du passé national avec ses légendes, contes de fées (Grimm) et leurs gnomes,sorciers etc.Les contes fantastiques dEdgar A. Poe et E.T. Hoffmann. Le romantisme suscite aussi
les régions mineures de lhomme (le rêve,les passions, les larmes ,le je", lémotivité , la mélancolie etc
(cf.Goethe :Werthers Leiden)
c) Le positivisme et les Sciences Naturelles, Darwin et sa théorie de lévolution.
Le progrès se fait sans Dieu. Tout peut être expliqué scientifiquement.
Début des expériences psychologiques, le docteur Charcot à Paris et lécole de Nancy.
d) Le déterminisme de lêtre humain joue aussi un rôle dans les réflexions de Maupassant.La race ,le milieu et le
temps influencent inaltérablement notre vie. Notre vie a pour but la mort; notre corps est infirme et nos sens
sont imparfaits. (Le rôle négatif de la femme, la machine à engendrer, à pondre des êtres ,est maupassantien)
Le pessimisme de Schopemhauer + le nihilisme ,lhomme sans Dieu , sont responsables de la solitude humaine.
Une solitude infinie et navrante entoure lhomme: il a peur tout seul, or, il y a autrui chez lui."Il est là parce
que je suis seul." Pour Schopenhauer, la nature humaine est satanique, elle est pleine de passions aveugles,
la raison dêtre nest pas raisonnable. Nier la vie, cest se libérer de ce monde imparfait. Die Welt als Wille
und Vorstellung" de Schopenhauer décrit lhomme comme simple corps avec ses réactions différentes et
comme volonté égoiste avec ses désirs sexuels.Les valeurs morales comme lhonneur" ou la gloire" ne sont
que de valeurs fausses; seul compte la subjectivité. Quant à Dieu, on peut seulement dénigrer cette immortelle
pensée, ironiser son influence, le dédaigner et désenchanter lhumanité:Dieu est le plus grand saccageur de
rêve qui ait passé sur la terre. Schopenhauer a renversé les croyances,les espoirs, les poésies ,les chimères,
détruit les aspiartions, ravagé la confiance de lâme, tué lamour,abattu le culte idéal de la femme, crevé les
illusions des coeurs...besogne de sceptique...il a ...tout vidé." (Maupassant:.Auprès dun mort)
Maupassant plaide pour la lutte contre la nature."Dieu na créé que des êtres grossiers,pleins de germes des
maladies qui,après quelques années dépanouissement bestial, vieillissent dans les infirmités, avec toutes les
laideurs et toutes les impuissances de la décrépitude humaine.....le Créateur sournois et cynique a voulu
interdire à lhomme de jamais anoblir,embellir et idéaliser sa rencontre avec la femme...Je conçois Dieu
comme un monstrueux organe créateur inconnu...nous lui devons dêtre mal en ce monde qui nest pas fait
pour nous....éternels et misérables exilés sur cette terre."(LInutile Beauté)
Maupassant
et ses deux filles.